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Femme !

Mot aux tendres et douloureuses allitérations,

Âme pure

 

Tu avances avec assurance, femme noire,

Le soleil au zénith te montre le chemin.

L’or noir de ta peau rehausse l’éclat naturel de es dents blanches et la pureté de tes yeux !

Ta beauté suscite un songe,

Clair de lune féerique, embelli par les vols d’innombrables anges aux ailes duveteuses.

À ton insu, tu enflammes les regards,

Et les cœurs applaudissent dans toutes les poitrines :

Quel est ton secret ?

 

Femme noire, déesse a l’ouvrage,

Tu écris ton histoire sur l’écorce de la terre.

Tu traces de longs sillons, outil qui a forgé ton caractère.

Tu y dépose des graines,

Et ton amour, le penchant de ton cœur,

Les arrose avant les premières pluies…

Iles merveilleuses aux contrées inexplorées,

Femme du soleil et des étoiles,

Je te rassemble dans toutes les mains ouvertes,

Les mille milliards de cœurs,

Qui t’ont aimée a l’aurore de leur vie.

 

Femme de gloire, des bassesses et des préjugés

Viens te confier, c’est ton heure,

Viens donner tes larmes à la terre…

Les montagnes ont fléchi et les chemins s’ouvrent là où il n’y en avait guère : qui va t’arrêter ?

Elle t’invite chez elle, la nature consolatrice,

Elle t’exhorte à aimer autrement, de cet amour pur et invulnérable,

Qui, par de mystérieux transports, te conduira au cœur du paradis.

 

David Albert KAMDEM, poésie en liberté, Éditions Le Temps des Cerises, 2012,

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Dimanche 5 juillet 2015, marché PK 12. Les habitants des quartiers environnants ont découvert de bonne heure le corps calciné d’un adulte. A le voir recroquevillé sur les restes de pneus brûlés, on devine aisément qu’il a eu une mort atroce, inhumaine. Tout autour, les gens se bousculent et se piétinent pour se frayer un passage vers la dépouille. « On vous tuera tous !, lance un homme en colère. Tu iras en enfer petit bandit ! Vous nous faites beaucoup de mal dans ce quartier. »

Un homme âgé, s’étant approché du cadavre, s’adresse à la foule : « J’étais là hier lors de son exécution ! Il a été arrêté après un vol qui a mal tourné. Papa Docta –pharmacien autoproclamé du coin – avouait avoir été agressé et blessé au couteau par ce malfrat. Ce pickpocket regrettait, implorait et pleurait. Larmes de crocodile. Tout à coup, la foule cria : « au feu ! Au feu ! » Malchance pour lui, nous nous trouvions exactement à côté de ce dépôt de pneus usés. Quelques gouttes d’essence plus tard, le feu s’enflammait en dégageant une grande chaleur si bien que la foule se recula pour mieux voir le spectacle. Pieds et mains liés il s’agitait et hurlait sur l’épaisse couche de pneu en feu. On dirait un damné dans les flammes de l’enfer. C’était horrible, mais c’était beau, parce que ça servira de leçon aux enfants de ce quartier. »

Sur ces mots, la police arrive. Après quelques interrogations, la dépouille est emportée. Il est très dangereux d’avoir des pulsions cleptomanes dans nos contrées, en pareil cas, c’est la foule qui décide de votre sort. Combien de fois ma mère m’a dit qu’un homme devrait travailler dur pour réussir, car tout voleur est destiné à mourir sur la place publique… Combien de fois ?

En outre, au cœur de ce phénomène, la police camerounaise souffre d’un préjugé défavorable et bien ancré dans les esprits. Considérée comme hautement corrompue, elle est accusée de libérer tous les malfrats mis en examen contre de fortes sommes d’argent, ce qui maintient les populations dans une permanente insécurité. D’une telle scène d’horreur, ne restera désormais qu’un silence pesant autour de cette affaire mystérieuse. Il aurait pu être innocent ou accusé injustement. Il avait le droit d’être jugé, traité comme un homme. Mais il n’est plus là.

Daves.