Je suis Camerounais, je voyage en première classe !

image libre de droit: fr.wikipedia.org

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Nos transports le prouvent : le Cameroun nous a habitué à la galère… et aux espoirs.

De la gare routière de Yassa, je n’ai qu’une idée : partir. Je me faufile au milieu des voitures maladroitement garées, question de trouver celles qui sont prêtes à se mettre en route quand un motoboy retient mon bras : « Edéa ? Oui, une place disponible. » Je suis devant un taxi de cinq places. A travers la vitre sale, je peux voir trois personnes respectivement assises à la cabine et derrière. Je connais la règle : quatre personnes devant, quatre derrière. Mais ça doit vraiment être insupportable avec les fortes chaleurs…

J’entre.

Comme je pouvais m’y attendre, la vie n’est pas du tout rose dans ce taxi ; l’air chaud a une haute teneur en « gaz rares ». Je suis un peu nerveux. Mais, malgré l’ambiance morose, je ne doute pas que je serais à destination dans une heure. Je suis un éternel partisan de l’optimisme. Vous doutez ? Franchement, si huit personnes peuvent voyager sans souci dans un taxi de cinq places, c’est que tout est possible, non ?

Le motoboy frappe bruyamment la portière, question de s’assurer qu’elle est bien fermée. Les taches sont bien réparties : le chauffeur s’occupe du volant et des pédales tandis que le motoboy exécute de ses deux mains, la délicate manœuvre du levier de vitesse mal huilé jouxtant fatalement ses testicules. Ça doit parfois faire mal…

Vroom ! Nous voilà en route. J’essaie vainement de changer de position, mais ne n’énerve pas. On n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie, me dis-je avec philosophie. Je ferme les yeux et récite en silence le Notre Père afin que vigilance soit donnée à nos deux pilotes pour qu’ils puissent nous conduire à bon port sans incident. L’état des routes fait souvent plus de victimes que la maladresses des conducteurs chez nous autres… Après à peine cinq kilomètres de route, nous sommes alertés par trois policiers pour un contrôle routier de routine. L’un d’eux s’approche, et, sans dire mot, tend sa main à travers la vitre comme un mendiant, ceci sans nous jeter un coup d’œil. Le chauffeur lui remet un billet froissé de 1.000 frsCFA. Il vient de payer son autorisation pour transporter des êtres humains comme des marchandises. Tout a un prix ici. La mort elle-même en a  un.  Le chauffeur redémarre le moteur et le cercueil roulant fonce à vive allure vers Edéa… C’est ça le quotidien au Cameroun où la vie et la mort, les rêves et les illusions, se côtoient fatalement sous le regard indifférent d’un système mécaniquement inapte à faire face à la moindre difficulté.  La conséquence ? Un immobilisme de qualité, une stagnation dangereuse débouchant insidieusement, mais surement, sur une pente glissante, un chaos total ! Que feront-ils à ce moment-là ? Ils vous donneront une autre fausse promesse, l’énième.

L’émergence ne sera pas le prochain mensonge !

Non !

Les Camerounais sont habitués aux vertiges des désillusions. La soudaine chute libre des hautes altitudes de l’espérance ne leur fait plus peur, aguerris qu’ils sont par des siècles de galère. Les Camerounais ne rêvent plus, on veut leur prêter des rêves ; ils ne croient plus, on veut leur donner une foi : l’émergence ! C’est un puissant dogme politique : « L’affaire là ? Croyez seulement ! »

Notre émergence, la vraie, passera, je le crois sincèrement, par une remise en question et un changement radical des mentalités sans oublier le travail. Le Camerounais devra vaincre ses vieux démons, lui-même étant son propre ennemi, l’obstacle qui le sépare de l’objectif rêvé. L’émergence individuelle étant la promesse d’une émergence collective, qu’est-ce qui est fait pour encourager et soutenir l’effort individuel et par ricochet l’effort camerounais ? Pas grand chose. On nous dit juste qu’on construira des routes et des gratte-ciels, et boum ! Nous serons émergents. Je crois que s’il en était vraiment ainsi, il y aurait des quartiers émergents dans notre république…

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