Lettre d’un immigré clandestin

libre de droit. pixabay.com

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Cher ami,
Je suis un blanc, noir, jaune ou rouge. De mes rêves tombés dans la boue comme des hirondelles blessées, il ne me reste qu’une poignée d’espérance. Pour certains, je ne suis qu’un immigré clandestin, un hors-la-loi. Tu fais partie de ces gens-là, n’est-ce pas ? Mais je ne suis qu’un homme. Je viens de l’autre bout du monde et je pars vers l’inconnu. Ce voyage lointain, je l’avais espéré depuis longtemps. Mais dès que le soleil s’est éteint et que l’étau de la nuit et du désespoir s’est resserré autour de moi, il s’est imposé comme une évidence. Une urgence. J’ai pris mon sac de provisions – des paquets de biscuits et un bol d’espérance. J’ai posé ma boussole sur ma carte géographique : la route du nord et de la sécurité sauta à mes yeux. J’ai écrasé une larme, car je m’apprêtais à faire une bêtise. Et je suis parti.

J’ai laissé derrière moi un passé tumultueux, une vie devenue insupportable. Gémir, pleurer, prier, ce n’est pas lâche. Surtout quand on peut forcer le destin et que d’imprévisibles bouleversements peuvent être à l’ordre du jour. Je t’écris cette lettre depuis cette motte de terre que tu appelles « étranger ». Quand tu me liras, je serais peut-être déjà à ta porte, près de ton cœur. Je t’envoie cette nuit d’enfer aux profondeurs de mes peurs domptées, refoulées. Je suis prêt à braver l’orgueil des montagnes et les tumultes des flots.

Mille kilomètres nous séparent. Pourtant, de la nuit, je n’entends que la pulsation rythmique de nos deux cœurs, douce musique de la vie.

J’avais imaginé des bras familiers pour m’accueillir. Un cœur pour m’aimer. Un lieu où reposer ma tête de douleur, fut-ce à la belle étoile. Mais aujourd’hui, j’essuie le faisceau dédaigneux de ton regard. Je t’inspire autant de compassion que de peur. Je te comprends.

Et parce que je te comprends, je t’aime. Tu ne sais pas mon cœur face à mes rêves brisés, fruit encore vert arraché par les rafales. La graine de l’espérance dans la terre asséchée. Tu ne sais pas tant de choses, tu ne me connais pas. De l’immigré clandestin que je suis, tu ne vois pas le chercheur de lumière, l’homme qui te ressemble.

Amicalement,

L’homme qui te ressemble.

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