Pourquoi je prétends etre poète

 

Il me suffit de croiser le matin dès l’aube, une fleur dégoulinant de tout l’or des premières gouttes de rosée. Le lever magnifique du soleil. Pour que je tombe nez à nez face à mon impuissance, mon incapacité à trouver les mots justes pour décrire ces formes merveilleuses. Éclabousser la toile de la vie de ces couleurs irréelles. je predtends

Alors, je me dresse là, devant les murailles imposantes du silence. Sous les caresses du vent. Je reste là. Muet, figé. Parce que la lumière et la beauté sans forme me pénètrent jusque dans mes profondeurs, me brassent et me transfigurent. Parce qu’il me faut des mots. Des grands mots monstrueusement élargis comme une main prête à porter le monde. Ceux dont je dispose ne sont pas inutiles ; ils sont justes comme de petits bols inaptes à contenir, à exprimer la grande Âme de la vie qui anime toute chose. Qui nous ouvre le cœur par de denses émotions, l’émerveillement.

Et quand mes pupilles se dilateraient pour contempler au delà de la beauté de la forme, les mystères du fond. Quand mes sens s’aiguiseraient au point où mes perceptions de la vie seraient incroyablement décuplées, je ne serais pas plus apte à mettre en mots les images et les ressentis. Je ne serais pas plus poète. Parce que les mots sont impuissants à exprimer la pureté des vibrations, des émotions, l’émerveillement de l’âme face aux mystères de la vie. Ils le savent. Ils sont à mi-chemin entre la terre et le ciel, le néant et la vie consciente d’elle-même.

Je pourrais ouvrir la bouche. Mais je parlerais sans rien dire. Parce que seul le silence peut contenir l’extase infinie qui s’exhale comme un doux parfum de tout ce qui vit. Seul le silence peut l’exprimer, le purifier. C’est la langue commune à tous les hommes, à tous les êtres; le Babel qui nous ouvrirait les portes du ciel et des dieux.

Les mots resteront à jamais impuissants devant la grande réalité de la vie. Et je le serais aussi tant que je m’armerais d’une plume. Impuissant à devenir un poète. Un vrai.