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Chaque fois que notre roi bien-aimé tient ses discours chargés de promesses nous tenues, l’incessante digression quant à l’émergence 2135 2035 met en lumière dans l’esprit des camerounais, ce désir ardent de changement maintes fois refoulé. L’attention est vive, comme si ces simples paroles étaient la garantie d’un changement certain.  Sa volonté apparente quant à la résolution des problèmes qui minent notre royaume suscite l’admiration, et les foules en extase donnent des louanges à la gloire du règne éternel de notre grand roi.

Émergence ! Le mot qui résonne comme un cri de délivrance, qui trouve un écho dans les  cœurs désespérés, les âmes naufragées. Grand mensonge, douce rêverie, espérance certaine certaine, socle de notre foi inébranlable en des lendemains meilleurs (les camerounais savent se mentir a eux-mêmes en se regardant dans la glace).

Cette situation rappelle l’Israël antique : « le messie viendra ! Le messie viendra ! » Disaient les prophètes, « il y aura des signes ». Aujourd’hui on s’efforce de nous faire croire en une émergence proche. On nous donne une date : 2135 2035. On ne nous donne pas de signe, pourtant ceux annoncés pour la venue du messie y ressemblent pour beaucoup. Jugez vous-mêmes : « La Vierge enfantera » (les femmes sans enfant apprécieront mieux la vie ; leur fardeau sera moins pesant. Celles qui croiront encore qu’avoir une bonne dizaine est une source de richesse en verront de toutes les couleurs). « Dieu déclarera qu’il est son fils. » (Dieu vous dira qu’il vous avait prévenu.) « Il entrera a Jérusalem sur un âne » (la crise labourera nos contrées et ne laissera nul place ou la main ne passe et repasse.) « Il sera silencieux devant ses accusateurs » (notre roi bien-aimé s’en moquera bien, certainement depuis l’au-delà.) « Il sera enterré avec les riches » (ah oui ! l’émergence mort-née aura droit à une belle tombe, à 200 kilomètres sous terre !)

La comparaison peut être amusante, mais elle est proche de la réalité. Ce n’est jamais sans un pincement au cœur, une gêne même, que j’aborde des sujets aussi délicats, aussi triste. Il y a des millions de personnes qui recherchent non pas l’émergence, mais juste l’équilibre au quotidien. Des personnes qui n’ont pour seul luxe que de croire en des lendemains meilleurs. Un pays dans lequel plus de 40 % de la population vivent dans la pauvreté.  A quoi devrait-on s’attendre quand on prépare la venue de quelque chose et que l’on agit pour recevoir le contraire ? L’émergence n’est-elle pas d’abord individuelle avant d’être collective ? Où sont les têtes pensantes de cette nation ? Où sont-ils ? Dans les bars ?

Daves

 

 

 

coeur floppys,  commons.wikimedia.org

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Il pleut.

Pas de gouttes de pluies, mais du soleil ardent. Les nuages porteurs d’orages sont bien loin d’ici. Peut-être sont-ils là-bas, sous ces cieux à la fois lointains et si proches, par le passé, par la mémoire.

Nous vivons, maintenus que nous sommes par notre amour, ce fil fragile qui nous relie à la vie. Qu’est-ce que l’existence sans cette émotion vive, ce sentiment magique ? L’amour d’un parent, d’un ami, d’un métier, la passion, l’emportement pour ces petites choses indéfinissables qui rend la vie si merveilleuse, qu’est-ce qui peut remplacer cela ?

Le pouvoir d’aimer nous fait entrer dans une nouvelle dimension, un nouveau monde. Nous découvrons la beauté dans des choses ordinaires ; nous avons les étoiles pleins les yeux. La vision, les pensées changent, et le cœur qui se dilate devient comme une paume prête à servir, à protéger, à porter le monde.

Aimer purement, goûter aux joies de la vie nécessite malgré les apparences, une grande maturité. Qui cueille imprudemment un belle rose se fait piquer par les épines. Qui n’abrège la vie qu’à la notion de liesse et de jouissance s’engage sur une pente glissante, celle de la dépression, la mélancolie, et tous ces petits maux qui font les choux gras des psychologues et des psychiatres.

Certains philosophes du passé avaient raison d’évoquer l’amour comme étant un art. Certainement, avaient-ils perçu la complexité et le mystère même de cette force qui  à mon avis fait mouvoir tous les moteurs du monde. A la base de chaque invention, il y a un génie ; quelqu’un qui aime ce qu’il fait et qui s’est donné un objectif suffisamment élevé pour paraitre inaccessible au commun des mortels. Un homme à la vue perçante d’un aigle, dont l’amour déploie les ailes et l’emporte haut, toujours plus haut, pour le bien de l’humanité.

Un proverbe courant donne une autre explication intéressante de l’amour. Il dit que celui-ci commence par la haine. La vérité à mon avis, c’est que la haine n’existe pas ; la seule force est l’amour. D’abord, qu’est-ce que la haine ? Un fruit d’amour immature que les rafales ont arraché. La haine est une étape dans l’apprentissage, dans l’expérimentation de l’amour. C’est une revendication inconsciente des choses qu’on aime. La haine ne sait pas qu’elle aime, mais l’amour sait qu’il ne hait pas.

Êtes-vous sûrs d’aimer ? Vraiment ? Vous aimez les fromages ? Abstenez-vous d’en trop manger de peur d’avoir la nausée. L’amour qu’on enferme dans des objets, des personnes et des choses périssables ne peut qu’avoir des effets regrettables. La perte de quelque chose qui vous est très cher ne vous fait pas perdre son amour. D’où la souffrance. Pourtant, l’amour, lui, ne demande qu’à être libre, être partout et nulle part à la fois, être ce qu’il parait et non ce que nous voudrions qu’il soit. Immatériel par essence, il voudrait épouser les idéaux chers à notre être, à notre réalisation personnelle. Il souhaite ardemment embellir la  vie de ces belles couleurs qui font chanter nos âmes.

Laissons l’amour faire de nous le meilleur que nous pouvons être.

Laissons l’amour faire nous rassembler autour de la même table.

Laissons l’amour nous révéler notre vraie nature.                                                                    Aimons l’amour.

La haine n’existe pas, la seule force est l’amour.