Parce que je rêve d’être moi-même

 

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Je fais toutes les nuits le même rêve. Je suis un oiseau blanc, tout blanc, tout auréolé des couleurs de l’espérance. Je plane, les ailes grandes ouvertes tel un aigle et me laisse emporter par les courants vers de nouvelles contrées. Et à mon réveil, la fraîcheur matinale m’apporte le parfum embaumé des villes lointaines et le bruit sourd des débarcadères.

Je veux partir.

Cela fait des mois, que je lutte contre ce sentiment. Ces idées noires qui me saturent l’esprit. Partir au loin, jusqu’au bout de l’horizon, au bout du monde. Partir. Pour me retrouver, revivre. Pour maman qui est tombé dans profonde dépression depuis une dizaine d’année, usée par les multiples procédures, fatiguée de mendier son salaire. Je lui prends tous les jours dans mes bras et lui dit qu’elle doit être forte, qu’elle peut rebondir, faire autre chose. Oui, oui, David, me dit-elle,  je ne suis pas forte. Peut-être que les autres le sont. Le bon Dieu m’a crée toute petite, faible. Je ne peux pas… Et elle pleure. Je pleure aussi. Tout le monde pense qu’elle est possédée par un esprit malin, qu’elle est devenue inconsciente, paresseuse. Mais je sais qu’elle est malade. Très malade. Je dois lui supplier pour qu’elle s’alimente normalement, qu’elle prenne ses médicaments. Des antidépresseurs.

Je veux partir.

Pour ma petite sœur qui me regarde depuis sa huitième année comme un grand-frère, un père. Qui attend de moi que je lui tienne la main au quotidien. Tout comme Dieu le fait pour moi. Je prends souvent sa tête dans mes deux mains, la serre contre moi et lui dit : « Tu ne seras pas comme Séverine, notre ainée. Elle est devenue une prostituée et s’en fout de tout le monde… toi tu es différente, tu dois être différente, oui, tu le seras. » Elle rit. Parce qu’elle ne voit pas mes larmes qui coulent à l’intérieur. Parce qu’elle ne sait pas.

Je vois à travers ses yeux ces sourires qui lui viennent du fond du cœur comme une source jaillissante. Et prie en secret que cet émerveillement lui reste toute la vie. Car en vérité, je ne sais plus sourire, de ce sourire qui dévoile l’emportement du cœur. Peut-être qu’après tout je suis comme maman… La dernière fois que je me suis rendu à l’hôpital, les médecins m’ont dit qu’il fallait absolument que je me détende. Trop de stress. Vous êtes pourtant très jeune, qu’est-ce qui vous tracasse ? Un chagrin d’amour ? Qu’est-ce qui vous tracasse ?

Aujourd’hui, ça fait plus d’un an que je pratique quotidiennement le yoga.  Que je chéris ces heures quotidiennes consacrées à la méditation, assis sur le tapis, le dos bien droit. Ainsi, je découvre chaque jour, au cœur de mon imagination, cette île où je peux me recueillir, fredonner de belles mélodies, celles du silence. Même si après il faut revenir, descendre les pieds sur terre, et accepter. D’avoir été un adolescent adulte sans avoir été aussi fort que je l’aurais pu être. D’être dans une situation qui ne me convient pas. Accepter et sourire à la vie.

Parce que plus profonde est la blessure laissée par le chagrin, d’autant elle pourra contenir de joie.

Parce qu’il y a une étoile derrière chaque douleur, un secret, une surprise, un rêve éveillé.

Parce que je fais toute les nuits le même rêve, celui d’être la personne véritable qui se cache derrière mes peurs, ma fragilité, mon impuissance.

Parce que je rêve d’être moi-même.

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